MASS DEATHTRUCTION le Report

Report par Sabrina M. Lozen – Photography

La période des festivals touche à sa fin, mais il me restait une petite pépite à découvrir, le Mass Deathtruction.  Pourtant, c’est loin d’être un petit nouveau dans le monde du Métal puisque l’année 2023 a vu se tenir la 12ème édition de cet évènement.  Pour ma part, je rêvais d’aller y faire un tour pour 2 raisons.  Évidemment, d’abord pour l’affiche qui est extra chaque année, mélangeant les styles de Métal extrêmes de portées internationales, Death, Black, Thrash, etc.  La seconde raison est plus personnelle, parce que ce fest se tient non seulement dans mon plat pays natal, mais en plus à 10 km du village où j’ai grandi, à la Ferme du Biéreau (Louvain-la-Neuve) qui fut un de mes endroits stratégiques de sorties durant mes jeunes années !  Un petit vent de nostalgie a donc soufflé au centre de la Belgique en ce samedi 4 novembre.

Mais sans plus attendre, je vous emmène visiter les lieux et découvrir la programmation.  Je vous préviens tout de suite, il va falloir s’accrocher, on démarre à midi pile et 16 groupes de 9 nationalités vont se succéder sur 2 scènes jusqu’à 00h45.  Efficacité oblige, il va falloir optimiser les temps de pause pour aller boire une petite « Jup ».  A ce propos, je ne pouvais pas faire l’impasse sur la carte du bar pour comparer avec ce qu’on peut trouver en France. Outre la classique pils Jupiler en demi (3€) ou pinte (6€), on retrouve les habituels « Tango » (bière + grenadine) et « Mazout » (bière + coca) en demi au même prix.  Oui, en Belgique, même les cocktails sont faits à base de bière ! Et puis, pour ceux qui voudraient varier un peu, du Jägermeister à 3€ le demi ou de la Triple Karmeliet, bière blonde à 8,4%  pour les Français peu habitués aux spécialités belges, à 4,5€ en demi. Pour la nourriture, on fait simple et efficace : frites, sandwiches et fricandelle, on n’est pas à un salon de gastronomie de toute façon.  Bar et bouffe sont centralisés dans un chapiteau dans la cour intérieure de la ferme.

Enfin, avant de rentrer dans le vif du sujet, une présentation de l’endroit : les concerts se tiennent dans une vieille ferme en carré, typique de la région, c’est quand même classe.  La Mainstage est dans la première salle à l’entrée, dans une grange rénovée avec poutres apparentes d’une capacité d’environ 500 personnes.  A l’étage, dans les combles, se trouve le Merch.  Pour rejoindre l’autre scène, il suffit de traverser la cour de la ferme.  La salle avec son plafond en voussettes assez bas crée un côté beaucoup plus intime et peut accueillir 180 personnes maximum.  Voilà, le décor est planté, il est midi, il ne nous reste plus qu’à mettre nos bouchons d’oreilles et démarrer le raz de marée de l’extrême.

On démarre avec Pestifer sur la Mainstage.  Le Death Metal technique des Liégeois fait d’emblée trembler les poutres de la vieille grange sous les coups de pilon de sa batterie pachydermique.

Mass-Deathtruction-2023

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Des cassures rythmiques, de la lourdeur militaire mélangée à des mélodies dissonantes, des ambiances sombres et froides, tout ça nous confirme que le groupe évolue dans le registre du progressif.  Mais si  les ambiances sont variées, les riffs techniques et la brutalité complexe, le tout garde une cohérence qui nous permet de ne pas se perdre dans des détours mélodiques nébuleux.

Mass-Deathtruction-2023

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C’est parfait pour se mettre dans l’ambiance avec douceur.  Enfin, c’est une façon de parler évidemment…

Je découvre ensuite Räum dans la petite salle, parfaitement adaptée pour rendre l’atmosphère angoissante, voire oppressante, du post-Black Metal de ce groupe belge.

Mass-Deathtruction-2023

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Le moins qu’on puisse dire, c’est que les sonorités sont construites pour faire vriller l’âme, et on finit immergé dans une mer sombre et glaciale, portés par une musique lancinante autant que mélancolique.  Quant au chant, il se rapproche indéniablement plus du cri de désespoir interminable que du hurlement bestial du Hardcore.  D’ailleurs, les compositions se rapprochent du post-Core par moment, tout comme le style vestimentaire du quatuor.

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Un set de 35 minutes qui n’avait pas pour vocation de nous rendre guillerets mais plutôt de nous mettre en introspection profonde en ce début de fest.

Sans transition, Crisix déboule ensuite sur la Mainstage.

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Le Thrash déchaîné de nos Espagnols nous catapulte instantanément dans une frénésie endiablée, ne nous laissant aucun moment de répit dans cette déferlante de riffs furieux et de rage effrénée toujours aussi efficace en live.

Mass-Deathtruction-2023

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Malgré quelques leads plus planants, le set complet n’est qu’énergie et agressivité euphorique ! La bonne humeur communicative des membres du groupe rend hystérique le public qui accueille comme il se doit le guitariste au milieu d’un wall of death infernal.

Mass-Deathtruction-2023

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Et pourquoi ne pas intervertir les musiciens sur un morceau, tant qu’à faire ? Voilà, c’est fait, le chanteur et le batteur deviennent guitaristes, et le guitariste passe au chant, bref, un gros bordel digne de nos joyeux lurons qui ne ratent jamais une occasion de délirer haut et fort !

Juste le temps de se remettre le cerveau à l’endroit avant de plonger à nouveau dans les limbes des voussettes pour voir Hats Barn.  Soyons clair, je n’étais pas préparée à ça !  Évidemment, les 2 têtes de porcs plantées à l’avant de la scène et qui parfument délicatement la salle d’une odeur infâme ne laissait pas présager une ambiance particulièrement sereine, mais là, on nage dans une folie psychotique du plus malsain effet.

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Dans une salle comble plongée dans le noir absolu, le Black Metal frénétique des Lillois nous mène jusqu’à l’aliénation la plus primitive.  Les riffs sont glaciaux et âpres, la musique est torturée, le chanteur possédé déverse des hurlements débridés et lugubres parfaitement morbides.

Mass-Deathtruction-2023

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Un bon Black à l’ancienne qui me rappelle notamment les belles années de Darkthrone.

Je ne serais pas contre le fait de reprendre un semblant d’esprit rationnel après ça, mais c’était sans compter sur Emmett Brown qui me fourgue la Delorean pour me retrouver dans les années 80s, l’époque des collants flashys, des coupes mulet et des légendaires Nike Air Force 1.  A priori, Enforcer a fait le même voyage, à en juger aussi bien par le look des Suédois que par leur Heavy Metal très revival !

Mass-Deathtruction-2023

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Tout l’esprit de cette époque est présent, entre soli énergiques, riffs acérés, chorégraphies des musiciens, sans oublier le solo du batteur et l’incontournable ballade !

Mass-Deathtruction-2023

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Avec un parfait dosage de fraîcheur et de puissance, le groupe réussit son pari de nous faire revivre cette belle époque, avec  ce petit goût de « Nostalgia », le bien-nommé titre de leur dernier album sorti en mai de cette année.

Un nouveau changement d’univers s’opère ensuite avec la prestation d’Abduction. Quand le set démarre, on est d’abord happé dans un chaos sonore glaçant dans le plus pur style Black.

Mass-Deathtruction-2023

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Néanmoins, la musique se dévoile ensuite progressivement dans une ambiance lourde et sombre, où les guitares grinçantes alternent avec les riffs oppressants.  Le Black se teinte de sonorités Death cataclysmiques.

Mass-Deathtruction-2023

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Le chant, parfois clair, parfois semblant émaner d’un spectre à l’agonie, s’allie à une rythmique torturée procurant une dimension progressive, créant des compositions d’une richesse bouleversante qu’on savoure lentement avec bonheur.

Nous ne sommes même pas encore à la moitié de la journée et les belles découvertes s’enchaînent à une vitesse vertigineuse.  Et quelque chose me dit que ce n’est pas fini, le groupe suivant ne risque pas de nous laisser plus indifférents.  Et pour cause, la spécificité d’Asagraum est, tout d’abord, de n’être composé que de femmes.

Mass-Deathtruction-2023

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C’est d’autant plus inhabituel pour un groupe de Black Metal satanique. Originaire des Pays-Bas, la formation se distingue par un musique carrée et inquiétante.  Avec des sonorités bien malsaines, des blasts militaires qui sentent bon l’occulte et des riffs dissonants, on nage dans un Black empreint d’une vision old school qui ravira les puristes du genre.

Mass-Deathtruction-2023

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Les maquillages noirs et les visages fermés de nos belles satanistes refroidiront comme il se doit les cœurs les plus vaillants en cet après-midi  apocalyptique.

Autant rester encore un peu dans le ton en enchaînant avec un autre groupe de Black venu du Royaume-Uni cette fois, Ante Inferno.

Mass-Deathtruction-2023

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Avec une rythmique syncopée et profonde, le quartette ne fait pas dans la dentelle non plus, mais une écoute plus poussée nous laisse entrevoir une dimension atmosphérique et des lignes mélodiques qui nous emmènent élégamment vers un univers lugubre.

Mass-Deathtruction-2023

Mass-Deathtruction-2023

Des passages planants s’immiscent ça et là au milieu de riffs acérés et de hurlements explosifs, rendant l’ensemble totalement oppressant et ensorcelant pour ceux qui aiment les profondeurs insondables d’un Black qui a ses racines puissamment ancrées dans les années 90s tout en laissant monter ses branches vers les influences modernes du post-Metal.

Il est maintenant temps de revenir à des considérations plus légères, pardon, plutôt moins funèbres.  Parce que la légèreté du Death des Suédois de Demonical a dû rester bloquée dans une dimension parallèle inextricable.

Mass-Deathtruction-2023

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Le combo assène sans crier gare une musique puissante et caverneuse qui ferait vaciller le plus stoïque des lutteurs de Sumo.  La violence est de mise, depuis les riffs massifs jusqu’au marteau pilon de la batterie, rien n’épargne nos frêles oreilles. Les racines scandinaves des compos sont prégnantes, avec cette petite touche old school caractéristique.  La rythmique est accrocheuse et vindicative, laissant exploser une rage brute à peine réfrénée par quelques leads plus lancinants.

Mass-Deathtruction-2023

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Le public déjà bien échauffé par les performances précédentes continue sur sa lancée, le headbanging bat son plein.

Initialement projet solo de Tuomas Saukkonen, qui l’a abandonné en 2013 ainsi que ses autres projets, pour ne se consacrer qu’à son groupe le plus récent (qui montera sur scène plus tard dans la soirée), Before the Dawn a pourtant repris le chemin des studios pour sortir un nouvel album en 2023 avec sa nouvelle formation.

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J’étais donc curieuse de voir ce qu’allait donner le Death mélo fraîchement ressuscité des Finlandais.  Bien que les compositions soient toujours carrées et propres, alternant passages atmosphériques et rythmes vibrants, je reste un peu sur ma faim, car le set manque un peu de surprises à mon goût.

Mass-Deathtruction-2023

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Certes, il y a de la nuance et même des samples déconcertants avec des sonorités presque électro, mais il se peut que ma déception vienne du fait qu’ils n’aient pas joué plus de morceaux phares de leur discographie.

On retourne ensuite dans la grange pour accueillir Whiplash comme il se doit.

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Aaaah, un bon Speed/Thrash américain, ça requinquerait même un cadavre en putréfaction !  Le trio toujours en forme ne nous laisse pas une seule fraction de seconde pour reprendre une gorgée de bière, entre les envolées de soli et la batterie complètement hystérique.

Mass-Deathtruction-2023

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Néanmoins, malgré la voix éraillée et les riffs acérés, il y a quand même cette petite influence bluesy qui nous donne carrément envie de danser !

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C’est speed, c’est thrash, c’est old school, et pour les jeunes comme pour les plus vieux, ça met de bonne humeur !

A ce stade de la journée, on a déjà plongé dans pas mal de styles depuis le Heavy made in 80s jusqu’au post-Black.  Mais ça manquait un peu de sous-genres divergents.  Je vais donc découvrir un groupe de Goregrind franco-belge, Brutal Sphincter.

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Que les fans inconditionnels ne me jettent pas leur bière tiède à la tronche, j’avoue sans honte que ce n’est pas mon style de prédilection et que c’est donc la première fois que je les vois.

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Je dois admettre qu’à défaut de bière tiède, c’est un rouleau compresseur qui m’est tombé dessus.  Le combo était aussi hystérique que les spectateurs. L’énergie est énorme, les 2 chanteurs mettent une ambiance chaotique avec entrain et efficacité.

Mass-Deathtruction-2023

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Le public se plie volontiers à leur demande de faire un circle pit exclusivement féminin et tout le monde passe un moment extra ! Bref, je retournerai les voir dès que j’en aurai l’occasion.

Ca faisait pas mal de temps que je rêvais de voir le nouveau groupe de Saukkonen, Wolfheart.  Il m’a fallu faire pas mal de bornes pour y arriver mais c’est chose faite !

Mass-Deathtruction-2023

Avec un son énorme et des compositions sombres, le Death mélo du groupe est ancré profondément dans le sol de la taïga finlandaise d’où s’élève le hurlement torturé du loup noir.   La rythmique est majoritairement lente, avec des riffs profonds qui partent en envolées majestueuses, alternant agressivité mélancolique et blasts obsédants.

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Le chant, tantôt clair, tantôt growlé, fait partie intégrante de la richesse des compos par sa justesse et sa cohérence.  Cachés derrière des crânes de cerfs mutants monumentaux qui décorent chacun des 3 micros, les musiciens ont libéré toute l’atmosphère froide et funèbre qui fait la signature du groupe.

Mass-Deathtruction-2023

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On en ressort ébranlé et prêt à se laisser aller à quelques introspections mystiques.

Cette fois, on replonge à nouveau dans une autre dimension musicale, direction la prestation de Coffin Feeder.

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Ce groupe belge composé de musiciens d’Aborted, Leng Tch’e et Fleddy Melculy, ne pouvait accoucher que d’une musique transverse, à la croisée du Hardcore, du Grind et du Death.  Bref, que du délicat quoi…

Mass-Deathtruction-2023

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Et en effet, tout le set n’est qu’une grande hymne à la violence, entre riffs agressifs et blasts énervés, ça explose de partout, la salle surchauffe, bref, ça dégomme les tympans et les cervicales jusqu’à la dernière salve de riffs vénères.

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Je ne suis pas certaine que tout le monde soit sorti indemne de cette brutalité explosive.  On en redemande, 45 min, c’est trop court !

Cette fois, on arrive à la fin et la tête d’affiche déboule dans une frénésie communicative.  Ce n’est pas rien de voir Destruction, un des « Big Teutonic Four », sur scène.  Notamment depuis que les 2 nouveaux guitaristes  énervés, Damir Eskic et Martin Furia, secondent Schmier pour asséner leur Thrash puissant et endiablé.

Mass-Deathtruction-2023

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Le rythme est effréné du début à la fin, les riffs sont tranchants et ne laissent aucun répit au public enchanté.  Mais aussi débridé qu’il soit, un bon Thrash inclut inévitablement quelques soli planants et recherchés, et les compos des Allemands n’y dérogent pas.

Mass-Deathtruction-2023

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En 1h20 de show, ils nous ont gâtés, énergisés, transportés dans ces années infernales où le Thrash régnait en maître sur toutes les scènes Métal du monde !  Une belle apothéose pour finir un fest !

Ha non, tiens, un OVNI s’est discrètement glissé dans la programmation pour les plus motivés ou juste pour les curieux.  Allons voir ce qui se trame dans la petite salle.  Le décor laisse d’abord perplexe.  Que fait cette planche de surf décorée comme une chemise hawaïenne verte et jaune sur la scène ?  Y aurait-il eu erreur de casting ?  Et bien non, Stillbirth est bien un groupe de Death/Grindcore, ce sont même des compatriotes de Destruction.

Mass-Deathtruction-2023

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Même s’ils sont habillés tels des surfeurs avec des shorts hawaïens, on a du mal à s’imaginer sur une plage de sable fin avec le doux clapotis des vagues en fond sonore.  Un tsunami d’explosion sonore se rapproche plus de la réalité.  Portée par une agressivité brute qui ne faiblit pas, des riffs massifs font place par moment à des leads plus mélodieux et des passages carrément groovys.

Mass-Deathtruction-2023

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La rage se pare de technicité discrète avant qu’un growl nerveux ne vienne tout dévaster.  Avec l’intensité musicale de la journée, je n’ai sans doute plus toutes mes capacités neuronales pour apprécier ce dernier digestif, c’est bien dommage.

Le mot de la fin

Pour résumer, cet évènement était à la hauteur de mes espérances, à tous les niveaux.  Avec autant de groupes de qualité condensés sur une journée, c’était d’une intensité et d’une richesse exceptionnelles.  L’orga était quasi militaire, mais dans cet esprit détendu  et sans prise de tête, caractéristique des Belges.  Bref, si vous habitez près de la frontière, que vous voulez vous focaliser sur des évènement qui mettent un point d’honneur à programmer des styles de Métal d’horizons variés et que vous allez en festival essentiellement pour la musique dans un état d’esprit relax et convivial, ce festival est un incontournable !

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